En voyage de presse dans la préfecture de Fukushima jeudi et vendredi avec 15 journalistes/influenceurs, j’ai découvert le dispositif pour la côte d’innovation de Fukushima “FICF” (de l’anglais Fukushima Innovation Coast Framework) et ai constaté certains de ses apports : l’une des plus grandes installations mondiales de production d’hydrogène alimentée par des énergies renouvelables, des exosquelettes, des résines à base de riz… Cette fascinante troisième visite depuis les catastrophes dévastatrices de 2011 (comme touriste solidaire puis comme consultant pour du “Tourisme d’Espoir”) a révélé une bascule vers l’avenir. Ce sujet intéressera tout particulièrement les chercheurs, entrepreneurs et investisseurs.
Je remercie vivement Jarman International pour son invitation et les officiels/professionnels locaux pour leur coordination. Vous trouverez ci-dessous les principales installations visitées et technologies discutées, initialement présentées pendant le voyage sur BlueSky.
Dispositif “Côte D’Innovation De Fukushima”
Le moteur de la revitalisation locale est le dispositif pour la côte d’innovation de Fukushima “FICF” géré une organisation de promotion dédiée “FIPO“. Ce projet national transforme la côte est de la préfecture de Fukushima, Hamadori, en un pôle industriel de haute technologie.

Accueillant aussi bien japonais qu’étrangers, le FICF est un moteur de reprise économique qui a permis à 428 entreprises de créer 4 823 emplois à Hamadori depuis 2017. Ce dispositif soutient entrepreneurs et entreprises par des présentations de sites, du conseil et des subventions substantielles (jusqu’à 10 millions de yens pour les jeune pousses et des subventions d’implantation plafonnées à 80% de l’investissement initial). Il soutient également les étapes ultérieures telles que la commercialisation de la R&D, avec des subventions allant jusqu’à 700 millions de yens.
Des drones alimentés à l’hydrogène aux micro-fusées, en passant par les exosquelettes, les bénéficiaires du soutien du FICF construisent l’avenir. Plus de 200 entreprises ont déjà bénéficié de son réseau et de son soutien en matière de stratégie de propriété intellectuelle. Les innovations notables incluent des caméras résistantes aux radiations, déjà utilisées par l’agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et l’agence d’exploration aérospatiale japonaise (JAXA).

F-REI… Et La “Californie du Japon”
Un moment fort du voyage de presse a été la présentation de l’institut de recherche, d’éducation et d’innovation de Fukushima “F-REI” par le vice-président Takaya. Sa vision inspirante est la transformation d’Hamadori en un pôle innovant et fertile, à l’image de la Californie !
Le F-REI mène des activités de R&D uniques au contexte de Fukushima mais applicables mondialement :
- Réponse aux catastrophes nucléaires : analyse de données, robotique de démantèlement… Les applications s’étendent aux catastrophes naturelles et à l’espace.
- Restauration de l’environnement : régénération de sols contaminés/appauvris, énergie à émissions négatives…
- Sciences de la vie : diagnostic de cancers, radiologie pour étudier la croissance agricole…
- Robotique : automatisation pour environnements hostiles, solutions pour populations vieillissantes et en déclin.
L’institut devrait atteindre 50 groupes de recherche d’ici 2030, catalyseurs de changement sociétal grâce à la recherche appliquée.
Centre D’Essais Robotiques De Fukushima

Le centre d’essais robotiques de Fukushima “RTF” est une installation exceptionnelle à Hamadori. Propriété du F-REI et géré par la FIPO, c’est la plus grande base mondiale pour le développement, l’essai et la standardisation des mobilités/robots terrestres, maritimes et aériens ! 1 316 tests y ont été réalisés depuis 2017.
L’infrastructure est conçue pour simuler des réalités quotidiennes et extrêmes. Elle comprend une usine factice, des maisons submergées, un pont, des tunnels, un terrain boueux et un champ de débris pour les simulations de glissements de terrain. Elle comprend également un aérodrome entouré de filets pour des tests en toute sécurité, et une piste pour des vols de 13 km au-dessus de la terre et de la mer (avec 8 sites d’atterrissage d’urgence).


Depuis 2024 et comme Nagasaki, Fukushima est une Zone Spéciale Stratégique Nationale pour les drones. Ici, l’assouplissement de la loi sur l’aéronautique civile permet notamment la livraison de nourriture/médicaments par drone.

Besoin d’investissements complémentaires ou de changements réglementaires ? Sans surprise, l’utilisation est possible même par temps froid ou pluvieux. Étonnamment en revanche, le centre ne dispose pas de caméras dans ses réservoirs d’eau et interdit les essais nocturnes bien que les forces japonaises d’autodéfense s’y entraînent pour des interventions en cas de catastrophe.
Zip Infrastructure : Zippar
Nous avons approché un prototype de Zippar, téléphérique électrique autonome de Zip Infrastructure. Malheureusement, nous sommes arrivés un mois trop tôt pour tester la ligne d’essai en pente. Capable de prendre des virages et de bifurquer, Zippar est aussi flexible que le train mais bien moins coûteux (10% du coût d’un train) ; il évite également les embouteillages affectant les bus.
Zip Infrastructure a choisi le FICF pour sa R&D car les tests nécessitent de vastes terrains plats disponibles à Hamadori. Alors que la main-d’œuvre japonaise diminue, la technologie de conduite automatique est un atout majeur. Sa commercialisation est prévue dans quelques années, avec des déploiements potentiels dans des zones portuaires, complexes industriels et quartiers commerçants. La préfecture de Kanagawa est déjà intéressée, mais le casino d’Osaka (2030) pourrait être le premier à utiliser cette technologie. Des discussions sont en cours pour un déploiement international (Philippines…) ; toutes les unités respecteront les normes de sécurité sismique rigoureuses du Japon.
Innophys
Ayant consacré ma thèse de doctorat aux vêtements intelligents, j’ai trouvé Innophys fascinante. Contrairement à son célèbre concurrent Cyberdyne utilisant des batteries, Innophys utilise une technologie à pression d’air pour ses exosquelettes (notamment présentés comme harnais d’assistance pour le soutien lombaire).


Les exosquelettes d’Innophys réduisent considérablement la charge sur le bas du dos. En essayant le harnais Soft-Power pour un levage facile à l’usine d’Hamadori, j’ai immédiatement ressenti sa réduction de charge de 35%. L’exosquelette phare Every résiste à l’eau et à la saleté, et est certifié ISO13482 (norme de sécurité internationale pour les robots de soins personnels).


Grâce au FICF, Innophys a déjà vendu plus de 35 000 unités dans 20 pays. Utiles dans des lieux aussi divers que les fermes japonaises, les sites japonais de traitement des déchets, les usines/entrepôts français, ou les maisons de retraite d’Europe du Nord, ses exosquelettes permettent un travail plus sûr, plus sain et plus long, indépendamment de l’âge. La R&D actuelle s’efforce d’alléger/compacter les exosquelettes ainsi que d’en créer pour la rééducation.
🧵11/ Innophys' exoskeletons/supporters are notably used at farms & waste treatment sites in #Japan (+ rented to the public), warehouses in France, nursing homes in northern Europe… Its main challenge? Making exoskeletons lighter and more compact. Its ongoing #R&D? Rehabilitation suits! #TechForGood
— Sébastien Duval (@sebastienplus.bsky.social) 22 November 2025 at 07:49
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Prix au Japon :
- Mobilité élevée mais soutien modéré : harnais entre 27 500 et 59 400 yens.
- Soutien puissant mais mobilité réduite : exosquelettes entre 149 600 et 214 000 yens.
Rice Resin

L’approche de Rice Resin en matière de durabilité et de soutien à la communauté m’a ému. Cette entreprise fabrique des granulés de résine à partir de riz délaissé par les consommateurs : riz cultivé à Fukushima et anciens stocks de riz conservés pour les urgences par le gouvernement japonais (achetés aux enchères sinon brûlés).
Économe en énergie, le processus transforme le riz en résine en minutes sur quelques mètres, en réduisant les émissions de CO2 de 40% à 57% ! Les principales utilisations incluent les couverts de Mos Burger (1 311 restaurants au Japon) et des sacs poubelles pour les municipalités/événements. J’espère que des visionnaires utiliseront cette résine de riz pour remplacer des plastiques incontournables : dispositifs médicaux, emballages d’onigiri…




Japonais & étrangers sont invités à visiter l’usine d’Hamadori (sur rendez-vous) surtout s’ils souhaitent s’associer ou investir pour décarboner nos sociétés. Rice Resin produit actuellement à 50-60% de sa capacité et peut théoriquement s’étendre sur des terrains voisins si nécessaire.



En février, Rice Resin a reçu un prix “Revitalisation & Création” de l’agence gouvernementale pour la reconstruction (créée suite aux désastres de 2011). En 2026 et au-delà, l’entreprise continuera d’améliorer ses produits grâce à la R&D, notamment concernant les microplastiques.
Centre De Recherche De Fukushima Sur L’Énergie Hydrogène
Depuis des années, je voulais visiter le centre de recherche de Fukushima sur l’énergie hydrogène “FH2R” ; j’ai donc été comblé par ce voyage de presse. Ancien numéro 1 mondial, il produit jusqu’à environ 2 000 N㎥/h d’hydrogène “vert” grâce à son parc solaire de 180 000 m², utilisé quotidiennement par des entreprises locales à Fukushima, régionales à Sendai et lointaines à Tokyo. Cet environnement silencieux et sûr reflète les innovations massives qui s’y sont déroulées et s’y poursuivent.


À seulement 12,1%, le Japon se classe au 35ème rang mondial pour l’autosuffisance énergétique. Par conséquent, sa vision d’une société de l’hydrogène et ses installations telles que le FH2R sont vitales pour sa sécurité nationale et pour l’action climatique. Les deux plus grands défis sont liés : réduire les coûts et généraliser l’adoption.


Et Après ?
Hamadori est en passe de devenir un leader mondial de l’innovation tout en se reconstruisant après sa triple catastrophe (séisme de magnitude 9,1 + tsunami de 40 mètres de haut + fusion du cœur de réacteurs nucléaires). Ce voyage de presse dans la préfecture de Fukushima a confirmé que les opportunités sont immenses pour les chercheurs, entrepreneurs et investisseurs à la recherche de technologies de pointe. J’ai hâte de découvrir de nouveaux progrès au cours des prochaines années !
La prochaine fois, j’espère visiter :
- La centrale nucléaire de TEPCO Fukushima Dai-ichi (ou Dai-ni).
- Le centre de recherche sur la régénération agricole Hama de la préfecture de Fukushima.
- La ferme & usine Tamura.
- Les installations du projet de communauté intelligente de Katsurao.
- Le parc éolien Manyo-no-sato.
- La ferme Nexus Okuma.
- La centrale à biomasse de Tamura.
- Je serais également intéressé par le projet OWB, dédié à la création de 100 entreprises pour résoudre 100 problèmes locaux.
Publications Associées
- Commentaires sur LinkedIn.
- Photo de groupe dans le Japan Times.
- Articles de participants :
- “Inside Fukushima’s innovation hub: From solving traffic with ropeways to turning rice into plastic” par Hana Victoria Shiraishi sur Deep Japan.
- “Why renewable powerhouse Fukushima is also pursuing hydrogen” par Annelise Giseburt dans le Japan Times.
- [À PARAÎTRE] Rapport sur le site de Jarman International.
